Jolie Fleur de Papillon

Le blog d'Isabelle Bauthian, scénariste de bandes dessinées (Dargaud, Glénat, Ankama, Boîte à Bulle).

mercredi 29 avril 2009

Pour pouvoir faire mon numéro

Mot-clef du jour : "analyse du spot du tampon tampax"

conceptuelJ'ai tendance à croire que le but de l'art est de tirer les gens vers le haut. Ca ne fait pas de l'artiste une entité supérieure, un sage intellectuel doté d'un altruisme hors normes et d'un recul absolu sur tout. Simplement, il est là pour générer chez autrui des idées, des sentiments, des perspectives nouvelles ou refoulées, quel que soit le point que lui-même ait pu atteindre dans son cheminement personnel.
J'ai tendance également à croire que ce but est valable pour les oeuvres les plus humbles comme les plus élitistes.

On m'a déjà dit "je me suis trop bien reconnu dans tes personnages". C'est flatteur (n'hésitez pas à me le redire ^^) mais je ne travaille pas pour rassurer les gens. J'ignore quelle a été jusqu'à présent la portée de mon jeune travail mais, ce que je souhaiterais, c'est ouvrir chez le public des perspectives, tout comme d'autres artistes l'ont fait pour moi.
Car, je ne sais pas comment ça se passe dans d'autres boulots-passion mais, depuis que j'ai fait de l'écriture mon métier, une autre fonction des artistes est devenue de me montrer que c'est possible. Que si la perfection n'existe pas l'idéal est accessible. Que l'art peut aider certains hommes à défaut de sauver le monde et que, de manière un peu plus revendicatrice, l'intégrité paie.

J'insiste bien sur le fait que ces artistes ne sont pas, pour la plupart, des gens qui me ressemblent. S'ils me confortent parfois dans certains schémas, ils me remettent plus souvent en question au sein même de ces idées bien ancrées, et me rassurent rarement sur moi-même. Je ne les remercie pas de me faire du bien sur le moment (même s'il y en a qui le font) mais de faire de moi quelqu'un de meilleur.

C'est parfois douloureux. Si je ne suis pas du genre à accoucher des bouquins dans la douleur, voir le chemin qui me reste à accomplir est parfois un peu angoissant. Car le voir est une chose, mais savoir l'emprunter en est une autre. Parfois, je me dis "Lui, dans quelques années, j'aurai son niveau sur ce point" mais, le plus souvent, c'est "Comment il fait ce con ?! En plus il est plus jeune que moi" (heureusement, ma mesquinerie m'autorise parfois à tempérer cette aigreur par un "Par contre, ce truc-là je le fais mieux que lui", suivi d'un ricanement démoniaque peu convaincant).
Mais je sais qu'il y a encore quelque chose de "jeune" dans ce que j'ai produit jusqu'à présent. J'ai mis le doigt dessus avant d'écrire Havre et je pense que le résultat s'en ressent, mais je ne suis pas encore capable d'appliquer parfaitement cette réflexion à chacun de mes récits. Jusqu'à présent, mes meilleurs textes étaient presque toujours les plus récents. Maintenant, si je continue de progresser, celà se fait plus par tatônnements et petites avancées dans différentes directions. C'est dans la logique des choses, j'imagine. J'ai posé les assises de ma "profession" et je dois travailler dessus.
Mais quoi qu'il advienne de ce travail, je ne remercierai jamais assez les artistes qui me l'ont rendu possible.

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dimanche 3 août 2008

J'aime pas les bonnes femmes

Mot-clef du jour : "JE VE DESSINE DES FLEUR"

casse_couille. Je ne dis pas du mal dans le dos des gens que je n'aime pas. Je leur exprime clairement mon mépris ou je la ferme et je fais avec.
. Je ne trouve pas féminins les fruits rouges, la douceur, l'empathie et la sensibilité. Je trouve féminins les nibards et les chagasses.
. Je ne demande pas à mon chéri si mon cul est un peu trop gros. Je sais que mon cul est un peu trop gros et si ça me dérange je me le bouge.
. Quand je pose une question relative à mon anatomie, ce n'est pas pour me rassurer mais pour avoir une réponse.
. En cas de danger physique, je ne pousse pas de petits cris. Je fais quelque chose ou je me mets à l'abri.
. Si, en pleine nuit, je soupçonne un intru d'être entré chez-moi, je ne réveille pas mon conjoint pour l'envoyer au casse-pipe. On appelle les flics ou on y va tous les deux.
. Non les mannequins ne sont pas toutes refaites, non même pas passé 40 ans, et non ça n'énerve pas c'est juste cool pour elles.
. Je ne fais pas la gueule en comptant sur l'extralucidité de mon interlocuteur pour déterminer la cause de ma mauvaise humeur. J'exprime les raisons de ma contrariété.
. Je sais quoi me mettre, je n'essaie pas de faire croire à chéri que c'est pour lui que je passe mon temps dans la salle de bains, d'ailleurs je ne passe pas mon temps dans la salle de bains.
. Je ne compte pas systématiquement sur mon conjoint pour me payer le resto ou me faire des cadeaux, n'étant pas une prostituée.
. Je ne lui demande pas non plus de me tenir la main pour franchir le moindre obstacle, n'étant pas paralytique.
. Si j'aime les chats, les couleurs douces et les vêtements, ce n'est pas parce qu'il s'agit de trucs de filles mais parce que chacun ses goûts.
. Je ne veux pas que mon homme soit rassurant et protecteur, ni "à la fois fort et fragile", je veux qu'on s'aime et qu'on se marre bien ensemble.
. Je ne lis pas de "chick lit", et si j'en lisais je n'essaierais pas de faire croire que c'est au second degré.
. Je ne trouve pas les enfants mignons. Les enfants sont des gens : certains mignons, certains sales cons, et une infinité de possibles entre les deux.

Et si la nature m'avait faite homme, je crois que j'aurais fait preuve d'une certaine intolérance envers ces casse-couilles de bonnes femmes.

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lundi 2 juin 2008

De la pub et des filles

Mot-clef du jour : "Je suis un papillon"

logo_pubLes ressorts de la pub, on les connait. La culture de la peur (les os de vos enfants sont fragiles, protégez-les au lait bactérifié, c'est parce que les dinausores n'en avaient pas qu'aujourd'hui vous ne pouvez pas leur payer une balade en Raptor)... La culture de la peur, disais-je, gagne peu à peu du terrain sur les idéaux branchouilles des années 90, et on en vient à se demander comment l'humanité a survécu quelques millions d'années sans bifidus, sans omégas 3 concentrés ni produits anti-mycoses (A ce propos, si je tenais le résidu de pelle à crotte qui a décidé de nous infliger des photos d'ongles en décomposition à l'heure du repas, je lui ferais passer l'envie d'expliquer les bases de l'hygiène élémentaire aux sous-doués incapables de se laver les pieds après le sport).

La palme de la manipulation et de l'abus de faiblesse, je ne la décernerais même pas à ces saloperies de crédits à la consommation qui vous poussent à vous endetter pour vous payer un sac Hermes. Non. Hier je suis tombée sur ce dialogue assez surréaliste entre deux actrices peu convaincues :
- Tu prends cet anti-calcaire bon marché ?
- Oui, [air tarte] gnè moins cher.
- Oh mais non ! [yeux écarquillés et sourire qui s'apparente à du streching pour machoire] Il ne faut PAS prendre le moins cher [tend un paquet de Calcon]. C'est ce que je faisais avant et bonjour l'innondation dans ma cuisine !! [dramatique flash-back sur un lave-vaisselle qui perd les eaux].
Ben voyons.

Mais dans le genre juste débile, deux pubs m'interpellent tout particulièrement.
La première vante les mérites d'un mascara doté d'une toute nouvelle brosse en poils de culs révolutionnaires qui permet de se maquiller sans faire de paquets. La seconde est un tapon hygiènique spécial mini-jupes.
J'en appelle aux filles dans la salle, et m'excuse d'avance pour l'aspect bassement anatomique de mon raisonnement.
Comme je pense beaucoup de femmes, il m'est arrivé une ou deux fois (en 15 ans de post-puberté) d'avoir des fuites. Ok. Dans ce cas, si vraiment pas de bol, je me suis retrouvée avec une tache au cul après une station assise prolongée. C'est embarrassant, certes. Mais en quoi le fait de porter une mini-jupe ou un jogging intervient-il, je vous le demande ? Deux options :
1- Soit les publicitaires pensent que les hommes achètent les tapons pour leurs femmes. Hommes innocents qui s'imaginent qu'en cas de fuite leurs conjointes risquent un épanchement rouge-sale digne des chutes du Niagara le long des cuisses.
2- Soit c'est réservé aux mini-jupes spécial-pétasse, tellement courtes qu'au moindre coup de vent on voit le fond de la culotte, et sous nos latitudes le potentiel commercial m'échappe.

Concernant le mascara, la problématique est tout aussi mystérieuse.
Un fait avéré à mon propos concerne mon incapacité à mener à bien tout activité manuelle plus complexe que le découpage de steak. Ce point étant posé, j'ai tendance à croire que, lorsqu'un bricolage quelconque est à ma portée, il est à celle de beaucoup de monde.
Or JAMAIS je n'ai fait de paquet en me mettant du mascara. C'est quoi, un paquet de mascara, sans déconner ? Tremper brosse, appliquer sur cils, ranger brosse. Point. Elle est où la difficulté ?
Lectrice, dis-moi : suis-je une exception ? T'arrive-t-il de t'emplâtrer l'oeil lorsque tu te fais les cils ? Ai-je enfin trouvé une activité manuelle dans laquelle je fais preuve de plus d'adresse que la moyenne ?

Ou les publicitaires n'ont-ils juste pas fini de nous prendre pour des cons ?

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dimanche 4 mai 2008

J'adore la nouvelle chanson française

Mot clef du jour : "Pourquoi dire pardon quand on rote".

notes_musique_logoJ'ai reçu une lettre d'amour qui ne m'était pas adressée. Le kif ! C'est trop tripant !
Dedans, la fille dit à son copain qu'elle veut le récupérer et que s'il ne la reprend pas elle va se jeter du haut d'une falaise. Je vais aller au rendez-vous. C'est pas tant que je tienne à sauver une vie, mais ça donne un tel sens à la mienne !
Ploumploumploum.
Je suis love ! La fille ne sait pas qui je suis mais c'est pas grave. Ca ne me dérange pas de ne pas être aimé pour moi-même par une nana tellement fascinante ! Une suicidaire qui fait du chantage affectif, si c'est pas de la vraie passion !
Tsointsointsoin !
Je la vois sur la falaise ! Elle va sauter. Elle est enceinte ! Mais quelle merveilleuse passionnée !
Oh joie ! Je rencontre une femme exceptionnelle et j'hérite d'un bébé en plus ! Il pourra m'appeler papa... enfin sauf si la mère commence à me lasser une fois qu'elle ira mieux. J'ai choisi une passionnée, c'est pas pour récupérer une chieuse sans intérêt.
Balambalambalam !

Ne loupez pas deux prochains tubes en puissance :
. "Chéri, j'ai oublié ma pilule, cette fois t'es obligé de m'épouser". Et :
. "La drogue du violeur c'est le pied : maintenant je me fais des tas de nanas".
De nouvelles idées, du premier degré enrobé dans les rimes, une musique entraînante... la réconciliation tant attendue entre la France d'en-bas et l'intelligencia !

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vendredi 29 février 2008

Si je gagne au Loto

euroJe fais un super cadeau à maman...
Je m'offre des vacances en Californie...
J'achète un cheval...
Je monte ma boîte...
Je m'accorde une année sabbatique...

Ben non !

Pas besoin de gagner au Loto pour réaliser mes objectifs. S'ils impliquent des dépenses, pas grave, je boufferai des pâtes pour réunir l'argent.
J'ai pas envie d'attendre le gros lot pour me faire plaisir, à moins que mon plaisir réside dans le simple fait d'avoir du pognon.
Si je deviens riche, place aux trucs cons et superficiels !
Si je gagne au Loto, je me paye une semaine dans une suite et une liposuccion.

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lundi 19 novembre 2007

Hein ! D'abord !

Edit : J'oubliais de préciser que cette note m'avait été inspirée par celle-ci, chez Obion.

carteJe n'aime pas les cartes.
Je n'aime pas en écrire et je n'aime pas en recevoir.

Quand je dois en écrire par obligation, je perds toute envie de m'y mettre et ça me trotte dans la tête comme une déclaration d'impôts à remplir. Quand j'en reçois, je ne sais pas quoi en foutre : ça me contrarie de mettre un cadeau à la poubelle, ça me contrarie de jeter du papier de qualité et une jolie photo... mais c'est quand même aux ordures que ça va se terminer, parce que si je devais faire collection il me faudrait une pièce en plus.

Cartes de voeux, faire-parts, souvenirs de vacances... gardez-les ! Je me fous que la mer soit bleue, je sais déjà que votre mariage est heureux et votre bébé le plus beau du monde, même que c'est son grand frère qui le dit. Et oui, moi aussi je vous souhaite des jours heureux et une bonne santé, même si on est le 8 mars.

Vous voulez m'informer d'un événement important pour vous ? Faisons-nous une bouffe ! Ou, si vous êtes loin, passez-moi un coup de fil. Ne m'envoyez pas de fantaisies graphiques estampillées "100% funny inside", signées Henri Golo. "Les ballons d'Auvergne" sur deux gros nibards, j'aurais éventuellement fait un effort pour trouver ça drôle si vous en aviez été l'auteur. Ne m'envoyez pas de jolies photos miniaturisées pour tout faire tenir sur format standard, et souillées d'une paraphe rose indiquant que c'est un souvenir de la Mie sur Tranche. Et par pitié, mettez-vous les chats mignons au cul. J'ai un vrai chat, il ne porte pas de lunettes, ne fait pas de commentaires sur la campagne provençale, et je lui en sais gré.
Votre amitié, vous me la prouvez au quotidien. Je n'ai pas besoin de papiers pour savoir que vous pensez à moi. D'ailleurs vous ne devriez PAS penser à moi durant vos vacances ! Vous devriez profiter du paysage, lâcher prise quelques jours, bronzer, visiter l'église locale ou danser la macarena au camping selon vos goûts, mais pas lister les gens à qui rappeler qu'on ne les oublie pas ! Je ne veux pas de voeux que vous vous seriez sentis obligés de formuler. Et si vraiment les bosses du dromadaire marocain vous rappellent une super anecdote que nous aurions vécue ensemble, ok, envoyez votre foutue carte, elle sera agréable à lire.
Si vous vous mariez, vous avez suffisamment de trucs à organiser et de sous à dépenser comme ça. Quand la cérémonie arrive, profitez-en, n'oubliez pas de m'inviter mais pas besoin de me remercier par écrit d'être venue !
Quand bébé arrive, occupez-vous de lui, pas des potes. Je ne veux pas de dizaines de photos de la merveille. Je veux la voir, et seulement quand vous jugerez le moment opportun. Profitez de votre bonheur, l'administration se chargera de vous rappeler à vos obligations épistolaires.
Vous vous dites que ces occasions vous permettrons de renouer une vieille amitié ? Aussi triste que cela puisse vous paraître, si nous ne nous sommes pas cottoyés les 10 dernières années, il doit y avoir des raisons.
Ecrivez-moi si vous en ressentez vraiment le besoin ou parce que quelque chose de vrai nous lie.

Ou alors, faites un blog.

Posté par Hesperide à 12:58 - Miroirs - Courrier des lecteurs [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 3 septembre 2007

Marie

La catégorie "miroirs" prend un tour plus rédigé. C'est du vite fait, ça vaut ce que ça vaut, mais ça me plait et c'est bien l'essentiel.

Elle se souvient qu'elle a été belle, et aime le rappeler. Aujourd'hui, son petit cul s'est affaissé, sa peau épaissie, creusée et ridée, son ventre gonflé, mais c'est normal : elle vieillit. Bien-sûr elle fûme, ne bouffe rien (sauf quand elle se jette sur un paquet de gâteau), mais la question n'est pas là : elle a quarante-cinq ans.

Elle pourrait faire du sport, mais c'est trop cher. Il faut faire des économies. Le besoin de superflu est la manifestation d'un sentiment égoïste, qui nous éloigne du noble sacrifice de soi. Ce n'est pas la religion qui le dit (elle a laissé tomber le catholicisme face aux misères du monde), c'est sa conscience. Elle se sacrifie pour les autres, et le leur rappelle lorsqu'ils se plaignent de ses intrusions.

Elle se sacrifie pour les autres, mais n'aime pas plus que ça les voir heureux. Surtout lorsqu'ils n'ont pas suivi ses conseils.
Elle a besoin d'affection, besoin de câlins, besoin de bisous, et adresse à ceux qu'elle aime une supplique muette, un regard mou, une bouche en coeur, un corps pressant. Ils réagissent avec une étrange distance. Ce n'est pas du dégoût, juste de la pudeur, de la fierté mal placée.

Elle est fine psychologue, et on lui accorde une certaine qualité d'empathie. Elle lit Femme d'Aujourd'hui, la rubrique psycho, surtout, et en discute avec ses collègues pour asseoir son jugement. Elle sourit des idéaux adolescents de son fils, se rappelant avec tendresse sa propre jeunesse, en parle à son mari qui hausse les épaules et se replonge dans son bouquin. Il ne veut pas s'étendre. Les Hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, c'est John Gray qui l'a dit.

Elle a des amis, chez qui elle va prendre l'apéritif deux fois l'an. Ils font des sourires, ils parlent de leurs enfants, comparent leurs expériences et en soulignent avec soulagement les similitudes. Les amis sont rassurants. Elle n'ira pas passer les vacances avec eux, cependant : sa place est aux côtés de son mari. Et puis, il ne faut pas déranger.

Elle lit beaucoup. Pas de romans, elle n'aime pas rêver. Se qualifie de cartésienne. Elle lit des journaux, de santé ou féminins. Elle s'y connaît en nutrition, en médecine et en psychologie. Elle zappe les pages sur la vie des stars et méprise ceux qui s'y intéressent. Hier, elle a rappelé fermement à sa fille que oui, Druker aime tout le monde, mais qu'il ne faut pas être cynique : c'est un gars très bien.

Elle aime les gens simples, ceux de la campagne. Ils n'ont pas beaucoup d'éducation mais ils sont reposants. Et gentils. Les gentils sont ses amis.

Elle n'aime pas les intellectuels, ceux qui disent des trucs qu'elle ne comprend pas et essaient de la faire passer pour une idiote. Elle adore souligner les choses qu'elle connaît lorsqu'eux les ignorent. Avec son mari et ses enfants, c'est différent : ils sont cultivés, intelligents... Beaucoup plus qu'elle. Tellement plus qu'elle !

Elle est malheureuse mais c'est normal : c'est la vie. Elle assume ses névroses, c'est du courage. Elle n'a pas peur de la mort, et se moque gentiment des prudents. Elle aime rappeler qu'elle est casse-cou, malgré son âge. Elle ne se fera jamais de mal (ce ne serait pas bien vis à vis de ses proches) mais laissera le destin décider. Son public se tait. Elle déteste ce silence, ces regards au ciel et ces haussements d'épaules.
Ils lui reprochent sa dépression, lui disent qu'elle devrait se faire aider, alors elle éclate en sanglots. Ils sont trop durs. Comment peuvent-ils être aussi durs ? Comment peut-on parler ainsi à ceux qu'on aime ?

Mais c'est comme ça : c'est la vie.

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mardi 15 mai 2007

Ne réfléchissez pas trop

dissection_logoQuand j'ai commencé à vouloir écrire professionnellement, j'ai quasiment tout de suite deviné à qui mes textes ne parleraient pas. En l'occurence (mis à part les simples incompatibilités de goûts et de sensibilités) les intellos qui dissèquent. Je les appelle généralement les "intellectualistes" pour les distinguer des "intellectuels" qui, selon moi, sont simplement des gens intelligents et cultivés qui aiment raisonner sur les délicieuses choses de la vie.
Les intellectualistes cherchent à tout prix à extraire le sens profond d'une oeuvre, même quand celui-ci est évident. Le souci, c'est qu'ils font de gros tranferts affectifs quand ils l'abordent, et veulent la rattacher à leur vécu pour, paradoxalement, lui conférer un statut "universel". De manière surprenante, ils déplorent le moralisme affiché mais ont besoin que le message soit clairement exprimé pour le comprendre. Ils n'aiment pas la suggestion et, manque de bol (ou pas), c'est par la suggestion que je fonctionne. Je n'aime pas marteler mes idées au lecteur, je préfère le laisser adorder mes textes avec sa propre sensibilité pour en retirer (ou pas) ce qui lui servira. Bien-sûr, celà ne signifie pas que mon point de vue est flou. Il est juste en filigrane, ce qui permettra à chacun d'y adhérer ou non, ou en partie, indépendamment de l'intéret pour l'histoire. C'est le genre d'écriture que j'aime, et le genre d'écriture que je veux offrir.

Ben ça, les intellos qui dissèquent, ils n'aiment pas. Ils veulent que tout soit clair, mais en même temps chiadé pour ne pas faire trop "populaire-commercial". Il faudrait être accessible sur le fond mais élitiste sur la forme. En ce qui me concerne je pense qu'on peut être profond sans être élitiste mais, quitte à choisir, j'ai la prétention de préfèrer le contraire.

Les intellectualistes, qu'ils aiment ou non mon travail, me font toujours des critiques à mourir d'un rire jaune.
En vrac, j'ai appris que j'étais underground, mais c'est dommage parce que ma narration n'est pas underground (ah ben ça doit être parce que je suis pas underground -__-). Que je m'adressais à une "niche" (sous prétexte qu'un scénario se déroulait dans un milieu particulier). Que deux de mes personnages étaient là pour conférer une "universalité" à mon oeuvre (mazette, rien que ça !). Que deux autres n'évoluaient pas (l'un est quasi-autiste et finit par taper la discute à des inconnus dans un bar, je croyais pouvoir difficilement faire moins subtil)... Je passe sur ceux qui aiment parce qu'ils se sont reconnus dans des personnages qui ne leurs ressemblent pas du tout, après tout si ça leur fait du bien c'est l'essentiel...

Bref, j'ai du mal à m'énerver vraiment sur les intellectualistes, parce qu'ils sont souvent gentils, polis, charmants et pleins de bonne volonté, mais je suis contente de me frotter dés maintenant aux petits spécimens, parce que j'aurais pu finir comme Maître Larcenet si je m'étais directement confrontée aux gros.

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vendredi 13 avril 2007

Sodomie de diptères

yeux_mouche_logoIl y a un truc qui me turlupine avec les critiques, qu'elles soient professionnelles ou amatrices. Il s'agit de cette tendance moderne à vouloir chercher les influences. Un jeune auteur débarque, il fait une oeuvre quelconque et la première chose qu'on peut lire/entendre sur son boulot, qu'il ait été ou non apprécié, c'est "on sent bien les influences de Josh Von Liebstig dans ce travail".
Quand c'est à vous qu'on dit ça, généralement, vous êtes tout d'abord bien emmerdé parce que le Josh Von Liebstig, trois fois sur quatre, vous ne savez même pas qui c'est. Après deux bonnes heures de recherche sur Google tellement le type est connu, vous ne pouvez vous empêcher de constater que votre thèse sur l'apport des produits dérivés "Bisounours" dans l'économie française des années 90 n'a qu'un rapport très éloigné avec son roman fustigeant la perversion commerciale de la culture punk, mais qu'effectivement, comme lui, il vous arrive d'utiliser le mot "subséquemment" dans votre prose. Ca doit être ça.

Je ne sais pas d'où vient cette tendance mais j'ai 3 théories :
. Le critique est incapable de concevoir la création pure (le stérétype du critique artiste frustré n'en étant qu'à moitié un, ce ne serait pas étonnant).
. Le critique est incapable de concevoir que deux artistes aient pu, indépendamment et en toute bonne foi, avoir des idées similaires, ou un traitement de ces idées proche. Cette hypothèse, qui fait un peu trop appel à la connerie supposée du gars, me semble insuffisante pour justifier l'importance du phénomène.
. Le critique veut simplement, consciemment ou non, signaler aux yeux ébahis de son auditoire que lui, non seulement connait Josh Von Liebstig, mais est en plus capable d'analyser son oeuvre (et la vôtre) dans ses infimes détails, qu'il est donc non seulement cultivé mais en plus intelligent, et donc légitime.
L'expérience me tente à privilégier cette dernière explication.

Tout ça pour dire qu'on ne m'a pas encore fait le coup mais que je sens que, le jour où ça ne manquera pas d'arriver, le facheux risque de se faire recevoir aux petits oignons.

Je sais qu'il est de bon ton d'enculer les mouches. Vous brillerez dans les salons si vous arrivez à faire ça en douceur. Mais essayez juste de prendre 5 minutes pour apprécier les oeuvres avant.

Posté par Hesperide à 17:48 - Miroirs - Courrier des lecteurs [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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