Jolie Fleur de Papillon

Le blog d'Isabelle Bauthian, scénariste de bandes dessinées. Bd, courts-métrages, écologie, et les folles aventures de Moimême.

02 juin 2008

De la pub et des filles

Mot-clef du jour : "Je suis un papillon"

logo_pubLes ressorts de la pub, on les connait. La culture de la peur (les os de vos enfants sont fragiles, protégez-les au lait bactérifié, c'est parce que les dinausores n'en avaient pas qu'aujourd'hui vous ne pouvez pas leur payer une balade en Raptor)... La culture de la peur, disais-je, gagne peu à peu du terrain sur les idéaux branchouilles des années 90, et on en vient à se demander comment l'humanité a survécu quelques millions d'années sans bifidus, sans omégas 3 concentrés ni produits anti-mycoses (A ce propos, si je tenais le résidu de pelle à crotte qui a décidé de nous infliger des photos d'ongles en décomposition à l'heure du repas, je lui ferais passer l'envie d'expliquer les bases de l'hygiène élémentaire aux sous-doués incapables de se laver les pieds après le sport).

La palme de la manipulation et de l'abus de faiblesse, je ne la décernerais même pas à ces saloperies de crédits à la consommation qui vous poussent à vous endetter pour vous payer un sac Hermes. Non. Hier je suis tombée sur ce dialogue assez surréaliste entre deux actrices peu convaincues :
- Tu prends cet anti-calcaire bon marché ?
- Oui, [air tarte] gnè moins cher.
- Oh mais non ! [yeux écarquillés et sourire qui s'apparente à du streching pour machoire] Il ne faut PAS prendre le moins cher [tend un paquet de Calcon]. C'est ce que je faisais avant et bonjour l'innondation dans ma cuisine !! [dramatique flash-back sur un lave-vaisselle qui perd les eaux].
Ben voyons.

Mais dans le genre juste débile, deux pubs m'interpellent tout particulièrement.
La première vante les mérites d'un mascara doté d'une toute nouvelle brosse en poils de culs révolutionnaires qui permet de se maquiller sans faire de paquets. La seconde est un tapon hygiènique spécial mini-jupes.
J'en appelle aux filles dans la salle, et m'excuse d'avance pour l'aspect bassement anatomique de mon raisonnement.
Comme je pense beaucoup de femmes, il m'est arrivé une ou deux fois (en 15 ans de post-puberté) d'avoir des fuites. Ok. Dans ce cas, si vraiment pas de bol, je me suis retrouvée avec une tache au cul après une station assise prolongée. C'est embarrassant, certes. Mais en quoi le fait de porter une mini-jupe ou un jogging intervient-il, je vous le demande ? Deux options :
1- Soit les publicitaires pensent que les hommes achètent les tapons pour leurs femmes. Hommes innocents qui s'imaginent qu'en cas de fuite leurs conjointes risquent un épanchement rouge-sale digne des chutes du Niagara le long des cuisses.
2- Soit c'est réservé aux mini-jupes spécial-pétasse, tellement courtes qu'au moindre coup de vent on voit le fond de la culotte, et sous nos latitudes le potentiel commercial m'échappe.

Concernant le mascara, la problématique est tout aussi mystérieuse.
Un fait avéré à mon propos concerne mon incapacité à mener à bien tout activité manuelle plus complexe que le découpage de steak. Ce point étant posé, j'ai tendance à croire que, lorsqu'un bricolage quelconque est à ma portée, il est à celle de beaucoup de monde.
Or JAMAIS je n'ai fait de paquet en me mettant du mascara. C'est quoi, un paquet de mascara, sans déconner ? Tremper brosse, appliquer sur cils, ranger brosse. Point. Elle est où la difficulté ?
Lectrice, dis-moi : suis-je une exception ? T'arrive-t-il de t'emplâtrer l'oeil lorsque tu te fais les cils ? Ai-je enfin trouvé une activité manuelle dans laquelle je fais preuve de plus d'adresse que la moyenne ?

Ou les publicitaires n'ont-ils juste pas fini de nous prendre pour des cons ?

Posté par Hesperide à 16:40 - Miroirs - Courrier des lecteurs [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 mai 2008

J'adore la nouvelle chanson française

Mot clef du jour : "Pourquoi dire pardon quand on rote".

notes_musique_logoJ'ai reçu une lettre d'amour qui ne m'était pas adressée. Le kif ! C'est trop tripant !
Dedans, la fille dit à son copain qu'elle veut le récupérer et que s'il ne la reprend pas elle va se jeter du haut d'une falaise. Je vais aller au rendez-vous. C'est pas tant que je tienne à sauver une vie, mais ça donne un tel sens à la mienne !
Ploumploumploum.
Je suis love ! La fille ne sait pas qui je suis mais c'est pas grave. Ca ne me dérange pas de ne pas être aimé pour moi-même par une nana tellement fascinante ! Une suicidaire qui fait du chantage affectif, si c'est pas de la vraie passion !
Tsointsointsoin !
Je la vois sur la falaise ! Elle va sauter. Elle est enceinte ! Mais quelle merveilleuse passionnée !
Oh joie ! Je rencontre une femme exceptionnelle et j'hérite d'un bébé en plus ! Il pourra m'appeler papa... enfin sauf si la mère commence à me lasser une fois qu'elle ira mieux. J'ai choisi une passionnée, c'est pas pour récupérer une chieuse sans intérêt.
Balambalambalam !

Ne loupez pas deux prochains tubes en puissance :
. "Chéri, j'ai oublié ma pilule, cette fois t'es obligé de m'épouser". Et :
. "La drogue du violeur c'est le pied : maintenant je me fais des tas de nanas".
De nouvelles idées, du premier degré enrobé dans les rimes, une musique entraînante... la réconciliation tant attendue entre la France d'en-bas et l'intelligencia !

Posté par Hesperide à 19:02 - Miroirs - Courrier des lecteurs [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 février 2008

Si je gagne au Loto

euroJe fais un super cadeau à maman...
Je m'offre des vacances en Californie...
J'achète un cheval...
Je monte ma boîte...
Je m'accorde une année sabbatique...

Ben non !

Pas besoin de gagner au Loto pour réaliser mes objectifs. S'ils impliquent des dépenses, pas grave, je boufferai des pâtes pour réunir l'argent.
J'ai pas envie d'attendre le gros lot pour me faire plaisir, à moins que mon plaisir réside dans le simple fait d'avoir du pognon.
Si je deviens riche, place aux trucs cons et superficiels !
Si je gagne au Loto, je me paye une semaine dans une suite et une liposuccion.

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28 novembre 2007

Christelle

Dimanche soir, dans un train de banlieue. Elle plonge le nez dans son roman, quoique cette bluette ne l'intéresse pas plus que ça. On lui a dit que c'était bien, et elle ne veut pas mourir idiote. Demi-idiote, peut-être, car le trajet ne lui suffira pas pour terminer le pavé. A ses côtés, son homme somnole, pensif.
Des voix dans le wagon d'à-côté. Elle lève un sourcil. Encore des adolescentes bruyantes qu'elle n'osera pas réprimander de peur de passer pour une vieille emmerdeuse (Elle n'a pas trente ans. Pas encore de légitimité à faire chier la jeunesse).

Le bruit déboule dans le wagon. Sept racailles, en réalité, qui agressent un type seul. Agression ou amusement ? Avec certains, la nuance est fine. Mais la victime n'a pas le sourire. Elle referme son livre et le range dans son sac.
Sept types, donc, sur le quai, contre un, dans le wagon, qui ne se laisse pas faire. Sept merdes, murmure-t-elle. Pas vraiment effrayantes. Ils cherchent, ils titillent, il parlent, ils poussent leur victime en gardant bien leurs distances, rigolards. L'un d'entre eux pèse pourtant bien son quintal de muscles. Six suiveurs maigrichons. Reste que sept contre un, même sept glands, ça frôle la disproportion.
Elle hésite. Personne ne bouge. Au jugé (elle est ingénieur, elle a le compas dans l'oeil), 40 personnes dans le wagon, dont plus de la moitié au-dessus de ses propres capacités physiques. Elle jette un coup d'oeil à son homme, puis se lève. Il la suit. Seule, aurait-elle bougé ? Elle chasse ces pensées.
A la rencontre du groupe. Les agresseurs l'ignorent royalement, ordonnent à son homme de se rasseoir. "Ben non", qu'il répond. Alors, ils se re-concentrent sur leur victime, prenant un peu plus de distance, alors qu'un troisième voyageur s'est finalement levé.
Elle jette un oeil à un groupe de quatre, sur les fauteuils les plus proches. Regards fuyants. Elle hésite encore. Quand vous voulez, vous levez vos culs ! Perte de temps. Elle choisit de plutôt se concentrer sur l'alarme, au cas-où.

Le signal de fermeture des portes prend son temps pour retentir. Lorsqu'il survient, le meneur lance un coup de poing au visage de la victime. Un coup de poing ridicule, de loin. Il a sauté pour mettre hors de portée dans la foulée. Elle a envie de vomir. Ce type a des bras comme ses cuisses (elle a de grosses cuisses) et cogne comme une fillette. Gonflette. Sait même pas bouger. N'a pas de couilles. Écoeurée. Elle crie à ceux qu'elle nomme maintenant les petites merdes ce qu'elle pense d'eux. Ils s'en foutent mais les bon citoyens, eux, entendent. Qu'ils ouient, qu'il observent la petite minette qui a réagi tandis qu'ils contemplaient les bas-reliefs du wagon.
La victime a résisté au réflexe de se jeter sur le meneur. Les portes se referment, et elle contemple avec désolation les agresseurs se défouler sur le train en rigolant. Machinalement, elle lève le majeur. Ils l'ignorent délibérément. Blondie qui lève ses fesses pour les rappeler à leur condition de rien du tout, ça ne rentre pas dans leur schéma.

Son homme discute quelques instants avec l'agressé. Il n'a rien que les nerfs en boule, et se montre très touché de leur geste. Elle apprécie, mais cela lui rappelle à quel point cette attitude est devenue exceptionnelle. Lui rappelle surtout que, dans l'autre wagon, personne ne s'était levé.
La victime repasse dans le wagon en question. Détaille sa façon de penser à un autre groupe de racailles qui s'était moqué de lui. "Non mais m'sieur sur la vie de ma reum on a rien dit". Elle se rassure : l'homme moderne n'a pas perdu tout ses instincts. Si celui devenir au secours de ses congénères s'est évanoui, reste celui de protéger son nombril.

Fin de semaine. Elle a vu la merde sous différentes formes. Les rien-du-tout qui agressent en bande comme ils joueraient à balancer des oeufs sur les portes à Halloween. Et les merdes ordinaires qui préfèrent voir un innocent roué de coups que de risquer un cocard. Les merdes ordinaires qui autorisent les rien-du-tout à exister, ceux qui disent avoir une conscience et des principes, ceux qui se prennent pour des gens bien, qui donnent des leçons et qui, elle en est certaine, ont déjà oublié la honte que leur a causé son mépris. Après-tout, ils ont des arguments : des enfants, une famille, un cocker.
Rassurez-vous, petits étrons, vous avez de beaux jours devant vous : une fois qu'on a choisi son référentiel, avec la logique, on peut TOUT justifier.

Trois personnes sur quarante se sont levées, songe-t-elle en réprimant un haut-le-coeur.
Elle respire un bon coup : il y a trois personnes qui se sont levées.

Posté par Hesperide à 22:06 - Miroirs - Courrier des lecteurs [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 novembre 2007

Hein ! D'abord !

Edit : J'oubliais de préciser que cette note m'avait été inspirée par celle-ci, chez Obion.

carteJe n'aime pas les cartes.
Je n'aime pas en écrire et je n'aime pas en recevoir.

Quand je dois en écrire par obligation, je perds toute envie de m'y mettre et ça me trotte dans la tête comme une déclaration d'impôts à remplir. Quand j'en reçois, je ne sais pas quoi en foutre : ça me contrarie de mettre un cadeau à la poubelle, ça me contrarie de jeter du papier de qualité et une jolie photo... mais c'est quand même aux ordures que ça va se terminer, parce que si je devais faire collection il me faudrait une pièce en plus.

Cartes de voeux, faire-parts, souvenirs de vacances... gardez-les ! Je me fous que la mer soit bleue, je sais déjà que votre mariage est heureux et votre bébé le plus beau du monde, même que c'est son grand frère qui le dit. Et oui, moi aussi je vous souhaite des jours heureux et une bonne santé, même si on est le 8 mars.

Vous voulez m'informer d'un événement important pour vous ? Faisons-nous une bouffe ! Ou, si vous êtes loin, passez-moi un coup de fil. Ne m'envoyez pas de fantaisies graphiques estampillées "100% funny inside", signées Henri Golo. "Les ballons d'Auvergne" sur deux gros nibards, j'aurais éventuellement fait un effort pour trouver ça drôle si vous en aviez été l'auteur. Ne m'envoyez pas de jolies photos miniaturisées pour tout faire tenir sur format standard, et souillées d'une paraphe rose indiquant que c'est un souvenir de la Mie sur Tranche. Et par pitié, mettez-vous les chats mignons au cul. J'ai un vrai chat, il ne porte pas de lunettes, ne fait pas de commentaires sur la campagne provençale, et je lui en sais gré.
Votre amitié, vous me la prouvez au quotidien. Je n'ai pas besoin de papiers pour savoir que vous pensez à moi. D'ailleurs vous ne devriez PAS penser à moi durant vos vacances ! Vous devriez profiter du paysage, lâcher prise quelques jours, bronzer, visiter l'église locale ou danser la macarena au camping selon vos goûts, mais pas lister les gens à qui rappeler qu'on ne les oublie pas ! Je ne veux pas de voeux que vous vous seriez sentis obligés de formuler. Et si vraiment les bosses du dromadaire marocain vous rappellent une super anecdote que nous aurions vécue ensemble, ok, envoyez votre foutue carte, elle sera agréable à lire.
Si vous vous mariez, vous avez suffisamment de trucs à organiser et de sous à dépenser comme ça. Quand la cérémonie arrive, profitez-en, n'oubliez pas de m'inviter mais pas besoin de me remercier par écrit d'être venue !
Quand bébé arrive, occupez-vous de lui, pas des potes. Je ne veux pas de dizaines de photos de la merveille. Je veux la voir, et seulement quand vous jugerez le moment opportun. Profitez de votre bonheur, l'administration se chargera de vous rappeler à vos obligations épistolaires.
Vous vous dites que ces occasions vous permettrons de renouer une vieille amitié ? Aussi triste que cela puisse vous paraître, si nous ne nous sommes pas cottoyés les 10 dernières années, il doit y avoir des raisons.
Ecrivez-moi si vous en ressentez vraiment le besoin ou parce que quelque chose de vrai nous lie.

Ou alors, faites un blog.

Posté par Hesperide à 12:58 - Miroirs - Courrier des lecteurs [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 septembre 2007

Marie

La catégorie "miroirs" prend un tour plus rédigé. C'est du vite fait, ça vaut ce que ça vaut, mais ça me plait et c'est bien l'essentiel.

Elle se souvient qu'elle a été belle, et aime le rappeler. Aujourd'hui, son petit cul s'est affaissé, sa peau épaissie, creusée et ridée, son ventre gonflé, mais c'est normal : elle vieillit. Bien-sûr elle fûme, ne bouffe rien (sauf quand elle se jette sur un paquet de gâteau), mais la question n'est pas là : elle a quarante-cinq ans.

Elle pourrait faire du sport, mais c'est trop cher. Il faut faire des économies. Le besoin de superflu est la manifestation d'un sentiment égoïste, qui nous éloigne du noble sacrifice de soi. Ce n'est pas la religion qui le dit (elle a laissé tomber le catholicisme face aux misères du monde), c'est sa conscience. Elle se sacrifie pour les autres, et le leur rappelle lorsqu'ils se plaignent de ses intrusions.

Elle se sacrifie pour les autres, mais n'aime pas plus que ça les voir heureux. Surtout lorsqu'ils n'ont pas suivi ses conseils.
Elle a besoin d'affection, besoin de câlins, besoin de bisous, et adresse à ceux qu'elle aime une supplique muette, un regard mou, une bouche en coeur, un corps pressant. Ils réagissent avec une étrange distance. Ce n'est pas du dégoût, juste de la pudeur, de la fierté mal placée.

Elle est fine psychologue, et on lui accorde une certaine qualité d'empathie. Elle lit Femme d'Aujourd'hui, la rubrique psycho, surtout, et en discute avec ses collègues pour asseoir son jugement. Elle sourit des idéaux adolescents de son fils, se rappelant avec tendresse sa propre jeunesse, en parle à son mari qui hausse les épaules et se replonge dans son bouquin. Il ne veut pas s'étendre. Les Hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, c'est John Gray qui l'a dit.

Elle a des amis, chez qui elle va prendre l'apéritif deux fois l'an. Ils font des sourires, ils parlent de leurs enfants, comparent leurs expériences et en soulignent avec soulagement les similitudes. Les amis sont rassurants. Elle n'ira pas passer les vacances avec eux, cependant : sa place est aux côtés de son mari. Et puis, il ne faut pas déranger.

Elle lit beaucoup. Pas de romans, elle n'aime pas rêver. Se qualifie de cartésienne. Elle lit des journaux, de santé ou féminins. Elle s'y connaît en nutrition, en médecine et en psychologie. Elle zappe les pages sur la vie des stars et méprise ceux qui s'y intéressent. Hier, elle a rappelé fermement à sa fille que oui, Druker aime tout le monde, mais qu'il ne faut pas être cynique : c'est un gars très bien.

Elle aime les gens simples, ceux de la campagne. Ils n'ont pas beaucoup d'éducation mais ils sont reposants. Et gentils. Les gentils sont ses amis.

Elle n'aime pas les intellectuels, ceux qui disent des trucs qu'elle ne comprend pas et essaient de la faire passer pour une idiote. Elle adore souligner les choses qu'elle connaît lorsqu'eux les ignorent. Avec son mari et ses enfants, c'est différent : ils sont cultivés, intelligents... Beaucoup plus qu'elle. Tellement plus qu'elle !

Elle est malheureuse mais c'est normal : c'est la vie. Elle assume ses névroses, c'est du courage. Elle n'a pas peur de la mort, et se moque gentiment des prudents. Elle aime rappeler qu'elle est casse-cou, malgré son âge. Elle ne se fera jamais de mal (ce ne serait pas bien vis à vis de ses proches) mais laissera le destin décider. Son public se tait. Elle déteste ce silence, ces regards au ciel et ces haussements d'épaules.
Ils lui reprochent sa dépression, lui disent qu'elle devrait se faire aider, alors elle éclate en sanglots. Ils sont trop durs. Comment peuvent-ils être aussi durs ? Comment peut-on parler ainsi à ceux qu'on aime ?

Mais c'est comme ça : c'est la vie.

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15 mai 2007

Ne réfléchissez pas trop

dissection_logoQuand j'ai commencé à vouloir écrire professionnellement, j'ai quasiment tout de suite deviné à qui mes textes ne parleraient pas. En l'occurence (mis à part les simples incompatibilités de goûts et de sensibilités) les intellos qui dissèquent. Je les appelle généralement les "intellectualistes" pour les distinguer des "intellectuels" qui, selon moi, sont simplement des gens intelligents et cultivés qui aiment raisonner sur les délicieuses choses de la vie.
Les intellectualistes cherchent à tout prix à extraire le sens profond d'une oeuvre, même quand celui-ci est évident. Le souci, c'est qu'ils font de gros tranferts affectifs quand ils l'abordent, et veulent la rattacher à leur vécu pour, paradoxalement, lui conférer un statut "universel". De manière surprenante, ils déplorent le moralisme affiché mais ont besoin que le message soit clairement exprimé pour le comprendre. Ils n'aiment pas la suggestion et, manque de bol (ou pas), c'est par la suggestion que je fonctionne. Je n'aime pas marteler mes idées au lecteur, je préfère le laisser adorder mes textes avec sa propre sensibilité pour en retirer (ou pas) ce qui lui servira. Bien-sûr, celà ne signifie pas que mon point de vue est flou. Il est juste en filigrane, ce qui permettra à chacun d'y adhérer ou non, ou en partie, indépendamment de l'intéret pour l'histoire. C'est le genre d'écriture que j'aime, et le genre d'écriture que je veux offrir.

Ben ça, les intellos qui dissèquent, ils n'aiment pas. Ils veulent que tout soit clair, mais en même temps chiadé pour ne pas faire trop "populaire-commercial". Il faudrait être accessible sur le fond mais élitiste sur la forme. En ce qui me concerne je pense qu'on peut être profond sans être élitiste mais, quitte à choisir, j'ai la prétention de préfèrer le contraire.

Les intellectualistes, qu'ils aiment ou non mon travail, me font toujours des critiques à mourir d'un rire jaune.
En vrac, j'ai appris que j'étais underground, mais c'est dommage parce que ma narration n'est pas underground (ah ben ça doit être parce que je suis pas underground -__-). Que je m'adressais à une "niche" (sous prétexte qu'un scénario se déroulait dans un milieu particulier). Que deux de mes personnages étaient là pour conférer une "universalité" à mon oeuvre (mazette, rien que ça !). Que deux autres n'évoluaient pas (l'un est quasi-autiste et finit par taper la discute à des inconnus dans un bar, je croyais pouvoir difficilement faire moins subtil)... Je passe sur ceux qui aiment parce qu'ils se sont reconnus dans des personnages qui ne leurs ressemblent pas du tout, après tout si ça leur fait du bien c'est l'essentiel...

Bref, j'ai du mal à m'énerver vraiment sur les intellectualistes, parce qu'ils sont souvent gentils, polis, charmants et pleins de bonne volonté, mais je suis contente de me frotter dés maintenant aux petits spécimens, parce que j'aurais pu finir comme Maître Larcenet si je m'étais directement confrontée aux gros.

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26 avril 2007

Coup de gueule rapide

magritte_logoJean-Pierre Cassel est mort d'une longue maladie. Je l'avais lu, et je viens de le ré-entendre dans la bouche d'une jeune journaliste qui n'a même pas tremblé en balançant cette connerie tellement elle est entrée dans les moeurs. Quelque part je l'admire parce que moi, à sa place, Actors Studio ou pas, j'aurais jamais réussi à ne pas baisser les yeux.

Jean-Pierre Cassel est mort d'un C.A.N.C.E.R. !!!

Ceux qui me suivent depuis un moment sauront que le politiquement correct me hérisse le poil, même lorsqu'il est justifié. Ainsi, j'ai des amis de petite taille mais les gens atteints de nanisme sont des NAINS. J'ai été un peu ronde mais une femme de 90kgs pour 1,60m, à moins d'avoir les muscles de Stalone ou une sacrée masse osseuse, est GROSSE. Ma maman a fait un BTS qui lui donne le statut de technicienne mais la nana qui passe le balais c'est pas une technicienne de surface mais une FEMME DE MENAGE. Et il existe des tas de retard mentaux et le MONGOLISME est l'un d'entre eux, et ce n'est pas sale de le dire.
Bref. Déjà ça, ça m'énerve. Ca m'énerve mais je peux le comprendre. Je peux comprendre que la vérité, ou le sens péjoratif que l'usage a donné à certains mots, puisse blesser.

Mais là, vraiment, je ne pige pas. Et j'ai même pas envie de piger, c'est débile, point barre !
C'est la honte d'avoir un C.A.N.C.E.R. ? Faudrait cacher ses T.U.M.E.U.R.S. ? Ca s'attrape en faisant des saloperies que la morale réprouve ? Ou c'est réservé aux indigents ? C'est un châtiment divin ? Ca fait tache ? A chaque fois que j'entends cette "longue maladie", je suis monstrueusement génée de l'insulte que ça constitue (outre envers l'intelligence du télespectateur) envers la mémoire du défunt. C'était tellement crade, sa mort, qu'on peut même pas la nommer. Bouh ?! Pestiféré ?! Ou alors on a peur que le dire revienne à l'attraper ? C'est sûr qu'une maladie qui touche aussi les jeunes sportifs buveurs d'eau non-fumeurs, et même quand ils sont sympas, ça choque notre petite morale judéo-chrétienne !
Non seulement c'est insultant et démago mais c'est ridicule ! J'ai profondément honte pour les journalistes qui doivent sortir ça. On est où là ? Dans les salons de la bonne société du 19ème, où on se battait à coups de non-dits ? Ou bien dans une cour de lycée, au milieu de pétasses de 15 ans qui se balancent des vannes salaces sans oser dire les mots et, même comme ça, en rougissent ?

Jean-Pierre Cassel est décédé d'un C.A.N.C.E.R. Il s'est courageusement battu contre son C.A.N.C.E.R. A continué à travailler malgré son C.A.N.C.E.R. Est resté un homme bien avec son C.A.N.C.E.R. Et respectons-le au moins assez pour le dire.

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13 avril 2007

Sodomie de diptères

yeux_mouche_logoIl y a un truc qui me turlupine avec les critiques, qu'elles soient professionnelles ou amatrices. Il s'agit de cette tendance moderne à vouloir chercher les influences. Un jeune auteur débarque, il fait une oeuvre quelconque et la première chose qu'on peut lire/entendre sur son boulot, qu'il ait été ou non apprécié, c'est "on sent bien les influences de Josh Von Liebstig dans ce travail".
Quand c'est à vous qu'on dit ça, généralement, vous êtes tout d'abord bien emmerdé parce que le Josh Von Liebstig, trois fois sur quatre, vous ne savez même pas qui c'est. Après deux bonnes heures de recherche sur Google tellement le type est connu, vous ne pouvez vous empêcher de constater que votre thèse sur l'apport des produits dérivés "Bisounours" dans l'économie française des années 90 n'a qu'un rapport très éloigné avec son roman fustigeant la perversion commerciale de la culture punk, mais qu'effectivement, comme lui, il vous arrive d'utiliser le mot "subséquemment" dans votre prose. Ca doit être ça.

Je ne sais pas d'où vient cette tendance mais j'ai 3 théories :
. Le critique est incapable de concevoir la création pure (le stérétype du critique artiste frustré n'en étant qu'à moitié un, ce ne serait pas étonnant).
. Le critique est incapable de concevoir que deux artistes aient pu, indépendamment et en toute bonne foi, avoir des idées similaires, ou un traitement de ces idées proche. Cette hypothèse, qui fait un peu trop appel à la connerie supposée du gars, me semble insuffisante pour justifier l'importance du phénomène.
. Le critique veut simplement, consciemment ou non, signaler aux yeux ébahis de son auditoire que lui, non seulement connait Josh Von Liebstig, mais est en plus capable d'analyser son oeuvre (et la vôtre) dans ses infimes détails, qu'il est donc non seulement cultivé mais en plus intelligent, et donc légitime.
L'expérience me tente à privilégier cette dernière explication.

Tout ça pour dire qu'on ne m'a pas encore fait le coup mais que je sens que, le jour où ça ne manquera pas d'arriver, le facheux risque de se faire recevoir aux petits oignons.

Je sais qu'il est de bon ton d'enculer les mouches. Vous brillerez dans les salons si vous arrivez à faire ça en douceur. Mais essayez juste de prendre 5 minutes pour apprécier les oeuvres avant.

Posté par Hesperide à 17:48 - Miroirs - Courrier des lecteurs [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 mars 2007

La grande théorie de l'évolution à l'usage des geeks

godwin_pointPhase 1 : L'émerveillement naïf
Il débarque sur les forums (ou les blogs), plein de bonne volonté. Il rêve de partager son point de vue avec les illustres inconnus qui peuplent la toile. Le Web, c'est une magnifique fenêtre ouverte sur le monde, c'est ce qu'on lui a dit, et il découvre, des étoiles plein les yeux, les merveilleuses potentialités de l'autre côté de la vitre. Il va rencontrer une véritable communauté, il va apprendre des tas de choses. Et surtout, il va pouvoir éclairer les masses de la brillance de sa pensée … Ca va être TELLEMENT enrichissant !
Il poste partout, il argumente, il blague, il s'excite, il revendique… Et il attend la reconnaissance d'autrui pour tout ce qu'il lui a apporté.

Phase 2 : La désillusion
Mais autrui, des fois, il est un peu con. La preuve : il n'accueille pas sa prose avec l'admiration qu'elle mérite. Alors il argumente. Et il quote !
Le quote ! L'arme absolue du forumeux : "Eh ! Oh ! Sangoku_23 ! En ligne 5 page 26, message du 3 août, tu dis ça. Mais en ligne 3 page 2, message du 2 janvier, tu dis exactement le contraire ! Tu te fous pas un peu de notre gueule, mon petit ?!"
Notez la condescendance tout en subtilité. Tellement subtile que Sangoku_23 tombe dans le panneau : "Eh mec qui tu appelles mon petit ? Allez va jouer avec tes légos gros gamin, au lieu de quoter des morceaux de mes phrases pour les sortir du contexte et me faire dire ce que j'ai pas dit ! Et apprends à lire ! Et je te rappelle que toi, en ligne 7 page 5, message du 25 janvier, tu dis que…"
Mais il n'est pas si con. Après avoir atteint 18 fois le point Godwin, s'être fait harceler pendant desjours sur son mail (toto_28@monmail.com, qu'il avait laissé à disposition parce que sinon il aurait eu l'air d'être un lâche anonyme) avoir perdu 10 litres de sueur et 5 de larmes, avoir frôlé 8 fois l'apoplexie, 12 fois l'ulcère et abusé de la rétention urinaire (tout en affirmant ne pas être touché par le comportement puérile de cette bande de cons), il se dit que tout cela est peut-être… éventuellement… un peu vain.
Il prend conscience de ses erreurs, il fait son mea culpa, il met de l'eau dans son vin.

Et, l'esprit éclairci, il identifie en ricanant ceux qui en sont incapables.

Phase 3 : Je suis le maître du Monde
Jamais il ne s'était senti aussi puissant.
Il est un prédateur, il a trouvé ses proies.
Il sait exactement QUOI dire pour faire partir en vrille les usurpateurs de l'intelligence. Il fait des tests. Il laisse des prises à la mauvaise foi, à la lâcheté, et à la malhonnêteté intellectuelle. Il glisse de discrètes allusions gauchistes pour le réactionnaire, des phrases pleines de bons sentiments pour le pseudo-rebelle-fuck-la-life, des indices de faiblesse pour l'intellectuel onaniste à la recherche de failles dans la prose, un petit cliché ou une faute d'orthographe pour l'idiot en panne d'arguments… Il veut voir si l'ennemi va se raccrocher à ça. Ne réagir QUE sur ces points subtilement distillés. Il teste le pouvoir de sa prose, l'étendue de sa psychologie, et la profondeur de son empathie. Et ça marche ! L'ennemi tombe dans le piège. Lamentablement. Presque à tous les coups.
Alors, petit à petit, il affine sa stratégie. Il est le savant fou d'un laboratoire virtuel, le sociologue de l'inutile, le maître des névroses d'autrui, le dieu de la manipulation... Il est un être supérieur.
Il teste ses nouvelles découvertes dans la vraie vie… Et elles s'y appliquent ! Jamais, non jamais il ne s'était senti aussi puissant !

Phase 4 : Ôôôôôôôôôômmm!
Bon, mais quand-même, dans la vraie vie, c'est plus dur.
Confronté à la réalité, il réalise que, comme tous ses interlocuteur de la toile, il n'existe pas vraiment. Il est Toto_28. Un être virtuel qui peut se montrer vulgaire ou insultant sans crainte des conséquences. Un être virtuel qui, à l'opposé, n'a pas de mal à se laisser "casser" pour tester le pouvoir de son verbe, vu qu'on ne voit pas son visage derrière l'écran. Face à un interlocuteur de chair et d'os, et en public, il digère moins.
L'ennemi de chair et d'os, justement, semble faire le même constat. Le réactionnaire se contente de marmonner dans sa barbe que tout se perd et que c'était mieux avant… Le pseudo-rebelle-fuck-la-life est nettement moins grande gueule… L'intellectuel onaniste choisit tout d'un coup ses interlocuteurs parmi ses semblables… Quand à l'idiot sans arguments, c'est bien simple, il est invisible.
Il se dit qu'il faut être sage. Utiliser ce qu'il a appris, mais prendre ses distances, et se confronter à de vrais gens, à de vrais problèmes. Travailler au quotidien pour faire le bien autour de lui. Et faire preuve d'une tolérance exempte de mépris face aux innocents qui n'ont pas atteint sa sérénité.

Phase 5 : Niark, niark, niark !
Et puis, de temps en temps, il repasse en phase 2 ou 3. Parce qu'il s'ennuie… Parce qu'il a envie de débattre… Parce qu'il est en quête de nouvelles leçons… Parce qu'il a besoin de revendiquer… Parce qu'il est faible…
Et parce que, maintenant qu'il a tout compris… Des fois, c'est juste trop bon d'être un petit con !
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(Bien sur, il n'y a rien de vécu dans cette prose... Moi je suis teeeeeeellement au-dessus de ça ^^)

Posté par Hesperide à 15:36 - Miroirs - Courrier des lecteurs [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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