Jolie Fleur de Papillon

Le blog d'Isabelle Bauthian, scénariste de bandes dessinées. Bd, courts-métrages, écologie, et les folles aventures de Moimême.

29 septembre 2007

C'est pas celui de ma mère

framboise. Mes deux premières bd devraient sortir pour Angoulème.
. J'ai quelques pistes pour en signer de nouvelles.
. J'écris régulièrement pour un journal qui paye bien, épisodiquement pour un autre, et j'ai au moins un contact fructueux avec une nouvelle rédaction.
. Depuis ce matin, je fais des permanences pour des massages dans une salle de remise en forme qui a de nombreuses clientes.
. Le court métrage est en passe de devenir un très beau film, et Micha commence à avoir des contacts intéressants pour la suite.
. Je suis toujours au chômage, mais il a été ré-évalué à la hausse, et devrait me permettre de tenir jusqu'à ce que les projets en cours se concrétisent.
. Je vis une histoire d'amour que je pense rare et précieuse.

Depuis 18h10 aujourd'hui, j'ai 29 ans et, si l'année en cours évolue aussi vite et bien que la précédente, peut-être que vivrai pour mes 30 ans la vie dont je rêve depuis de nombreuses années :)

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25 septembre 2007

Tests costumes et maquillage

Hier, j'ai fait des tests de costumes et de maquillage pour Julie, mon personnage des Âmes Pixellisées.

JuliePA_BR JulieP_BR
(ses cheveux seront un peu grisés dans le film)

Ainsi vêtue, je suis allée me balader dans Saint Maur et faire quelques courses, afin à la fois de m'approprier ce look (malgré mon travail préliminaire, je flotte un peu dedans sur les photos) et de prendre la mesure des réactions des gens (un consultant m'avait avertie que ce n'était pas triste). Je présentais à mon sens un abord original mais classe, un peu extrême dans le maquillage, mais pas agressif pour deux sous. J'ai d'ailleurs bien pris soin d'être une crême avec tout le monde (mon personnage est assez doux).

A peine suis-je sortie de mon apartement que je croise une dame d'environ 55-60 ans avec son mari. Celle-ci me dévisage comme une pestiférée, ignorant mon salut poli. Elle se tourne alors vers son mari et, assez fort pour que je l'entende mais sans volonté de provocation, lui demande : "Tu as vu ça ?" (notez l'appui sur le "ça"). Quelques autres réactions du même accabit m'ont forcée à contenir un ou deux fou-rires incrédules.
Et ça ne s'arrête pas là : entre ceux qui me zieutent des pieds à la tête sans la moindre pudeur au risque de rater une marche, ceux qui attendent de m'avoir croisée pour me fusiller du regard et ceux -plus marrants- qui font semblant de ne pas remarquer la différence, je vis une merveilleuse aventure humaine.
Mais la palme des conards, je la décerne à ce jeune couple de trentenaires sans estomac ni couilles :
Au premier coup d'oeil, on se dit qu'ils n'ont pas très intérêt à la ramener question look : fringues à cheval entre le wesh du 93 et le plus mollusque des bobos, du genre bourgeois fans de hip-hop français rescapés de la StarAc, tellement transparents que dans d'autres circonstances j'aurais pu leur rentrer dedans sans même les remarquer.
Je les croise deux-trois fois, et il me semble noter dans leurs regards une certaine volonté de manifester de l'ironie (observation difficile à avérer, tant les regards en question sont plus vides que celui de Paris Hilton, je vous jure que je n'exagère pas). En réaction à ma présence (du moins je le suppose), ils se mettent à se frotter l'un à l'autre comme le font certains adolescents qui découvrent le bisou-bisou et les looks top-rebelles vus dans le Hit Machine. Ce petit jeu dont je vous passe les détails dure une dizaine de minutes, jusqu'à ce que je les croise dans une allée, consciencieusement occupés à faire semblant de se lécher la tronche (aussi ahurissant que celà puisse paraître, ils semblaient fermement convaincus de voir sans être vus). Ils me laissent les dépasser, puis j'entends beugler un "SEULUT !" comico-agressif. Toujours dans mon personnage, je me retourne calmement, pour m'apercevoir qu'ils refusent de croiser mon regard (lui avec un certain succès, elle plus difficilement, mouillant manifestement beaucoup, à la fois fière de son homme rebelle et gênée de cette exceptionnelle aventure). Et là j'hésite. Deux gros lâches pareils, cons de surcoît, c'est tellement facile de les massacrer. Est-ce que je leur dis que je fais des recherches pour un film, les remerciant au nom de l'Art d'être aussi minables ? Est-ce que je reste dans mon personnage (chose difficile vu mon degré d'énervement), me contentant de les mépriser ? J'aurais sans doute choisi cette solution s'il s'était agit de MON look et de MA personnalité. Mais là, je n'ai pas résisté.
Je tourne le dos aux deux idiots, beugle à mon tour un "SEULUT", puis me retourne vers eux immédiatement, les obligeant à croiser mon regard. Le spectacle de leur déconfiture m'a suffisamment ragaillardie pour, de retour dans le personnage, leur sussurer un "n'ayez pas peur" souriant.
Je suis contente de moi mais je suis déprimée.

Rendons cependant justice à l'humanité en notant que la majorité des passants ont eu une réaction plutôt saine et se sont comportés avec moi comme avec n'importe qui.
Et notons également quelques beaux moments : le gamin fasciné qui m'a fait un signe de la main avec de grands yeux émerveillés, la petite fille qui a tripoté mes cheveux comme pour vérifier si j'étais réelle, son père qui se posait manifestement pas mal de questions à mon sujet mais a un peu discuté avec moi avec un profond respect et une grande pudeur, et tous ces gens qui m'ont sourit ou observée de manière gentille et curieuse.

A titre personnel, je n'ai jamais ressenti le besoin d'extérioriser à ce point ma différence, ou d'afficher ostenciblement mes goûts et mes convictions. J'ai même tendance à croire que, à quelques exceptions près, celà relève souvent d'un manque affectif et d'un brin d'immaturité. Reste qu'il s'agit d'un merveilleux filtre à connards qui a incontestablement son utilité. Reste également que ça demande un courage dont bien des gens sont dépourvus. Mon travail avec Julie est loin d'être achevé, et je crois que je partagerai de nouveau avec plaisir son quotidien.

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17 septembre 2007

Attention Ne Pas s'Enerver

Les blogs et les forums regorgent d'anecdotes plus consternantes les unes que les autres sur l'ANPE. Je m'étais moi-même permis quelques fines réflexions à propos de cette merveilleuse agence à l'époque où je la découvrais et que je pensais mettre à jour des secrets infâmants sur son fonctionnement. C'était il y a un an, et depuis la motivation m'était passée.

Mais là...

Leur nouvelle invention c'est, lorsqu'une offre d'emploi semble vous convenir (du style conducteur de tractopelle quand vous avez un Master de droit international), vous prévenir par texto suivis d'un coup de fil avec message préenregistré, ce qui donne des conversations pas piquées des hannetons :
- Allô, allô ?
- L'ANPE a un message pour vous, veuillez appuyer sur la touche étoile de votre téléphone.
- Grmbl*biiip.
- Ici l'ANPE de Vincennes. L'entreprise Machin, leader dans le domaine du... euh... de l'écoemballage, propose des CDD... CDI de... heu... goûteur de caoutchouc recyclé. Veuillez appeler le 06... euh... 01 03 12... euh... 28...
(manifestelment, les mecs enregistrent ça encore plus tôt qu'ils vous appellent).

Or, prise d'une idée à la con comme seule une optimiste indécrottable dans mon genre peut avoir, je leur avais dit lors du premier entretien que je n'étais pas contre un mi-temps dans des magasins de bien-être, le temps de vraiment vivre de l'écriture. Du coup, depuis quelques mois, dés qu'ils ont une annonce dans la catégorie-pré-remplie-à-la-con "vente", je reçois un mail, suivi d'un texto, suivi d'un de ces appels rasoirs, A LA SUITE, et pour dire EXACTEMENT LA MEME CHOSE !
On m'a ainsi proposé d'être vendeuse en joaillerie, en optique, en informatique et en téléphonie.

L'ANPE, des solutions générales pour des cas particuliers.

Posté par Hesperide à 10:52 - Moi par moi - Courrier des lecteurs [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 septembre 2007

Le seau de la (mal)chance

Mon quotidien : vie trépidente, anecdotes palpitantes, Art, questions intellectuelles, grands thèmes de société, rébellion contre le système, rockn' roll...

TrefleIl y a quelques mois, Micha et moi avons acheté pour 3 modiques zeuros des petits trèfles à quatre feuilles à faire pousser chez soi.
Durant les premières semaines, tout s'est bien passé. Sachez que lorsqu'un trèfle voit le jour, ses feuilles se déplient et se replient régulièrement. Un peu comme ce jeu de gamin qui consiste à se cacher derrière ses mains puis à les ouvrir de part et d'autre de son visage en faisant "COUCOU !". Conséquence : notre appartement s'est mis à résonner de "COUCOUS" lancés inopinément dés qu'on se croisait (ou qu'on croisait le chat).
Puis, est arrivé le tournage de La Robe, et Micha, dans la précipitation, a donné un coup de cul aux trèfles qui se sont lamentablement écrasés au sol. Une chute de 10cm soldée d'un triste bilan : aucun survivant.

Ne me décourageant pas, je décide de renouveler l'expérience. Et dans le magasin, je tombe sur la merveille : un petit seau vert accompagné d'une dizaine de graines de trèfles, intitulé fort originallement "seau de la chance*". C'est un signe ! Prise d'une joie enfantine et de sautillements de satisfaction, j'en fais l'acquisition en gloussant, me retenant, sur le chemin du retour, de faire "COUCOU" aux passants.

Depuis qu'il est chez nous, ce seau a été :
. Dévoré par le chat,
. Oublié dans les Vosges,
. Re-dévoré par le chat.

Il restait deux survivants.
Avant-hier, je me dis : "et si je le fixais à une poutre dans la chambre ? il y serait fort à l'abri, et nous pourrions l'admirer joyeusement !". Ravie de mon éclair de génie, et toujours sautillante de satisfaction, je m'empare d'un marteau et de l'unique clou qui reste dans la boîte à outils, négligeant d'un haussement d'épaule méprisant le fait qu'il est quand même un brin petit. Tralala, la vie est belle ! Et puis, juste histoire de visualiser avant de planter le clou, je place le seau à l'endroit pressenti... en équilibre sur le clou... non planté... juste soutenu par mes doigts gourds.
Observation 1 : je ne suis pas assez forte pour, avec deux doigts, maintenir en équilibre un seau rempli de terre sur un clou de 2cm.
Observation 2 : Tout comme la tartine tombe toujours du côté de la confiture, et malgré sa forme qui aurait du, mathématiquement, entraîner la conclusion inverse, le seau tombe du côté des trèfles.
Conclusion : la superstition ET la science sont contre moi.

Il reste un survivant. Je suis allé lui acheter un crochet et des petits camarades mais je m'inquiète : je l'ai planté un peu près du vélux qu'on ferme parfois dans la nuit... dans le noir.

* Notez qu'il existe la version "graines de tournesol", intitulée "Seau du Soleil". La poésie n'est pas morte.

Posté par Hesperide à 11:44 - Moi par moi - Courrier des lecteurs [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 septembre 2007

Brrrrrroooooum takatakatakatak panpan !

Depuis un an et demi, je suis dans mon nouvel appartement.
Depuis un an et demi, ya des travaux partout autour de moi. Notre maire fait une allergie aux logements sociaux, mais ça ne l'empêche pas d'avoir la constructionite aiguë, au point que je lui collerais bien aux fesses un marteau-piqueur (en marche).
Parce que oui, depuis 15 jours, c'est le festival du marteau-piqueur.

La bibliothèque à côté de chez nous a été aggrandie (bonne idée), et là ils finassent. Ce souci du détail, outre qu'il retarde un scénario pour lequel j'ai besoin d'un livre précis, flirte doucement avec le pinaillage de psychorigide puisqu'il consiste à refaire l'entrée du batiment, 3 marches et une rampe pour fauteuil roulant qui remplissaient déjà fort bien leur fonction.
Les autres jours, ça commençait vers 10h. Pénible mais admettons, c'est notre faute, on n'a qu'à pas bosser de nuit.
Aujourd'hui, ça a débuté à 8h du mat.

Grmbl ! Je vais me faire un thé très fort en essayant d'oublier que je suis insensible à la théine.

Posté par Hesperide à 10:02 - Moi par moi - Courrier des lecteurs [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 septembre 2007

Marie

La catégorie "miroirs" prend un tour plus rédigé. C'est du vite fait, ça vaut ce que ça vaut, mais ça me plait et c'est bien l'essentiel.

Elle se souvient qu'elle a été belle, et aime le rappeler. Aujourd'hui, son petit cul s'est affaissé, sa peau épaissie, creusée et ridée, son ventre gonflé, mais c'est normal : elle vieillit. Bien-sûr elle fûme, ne bouffe rien (sauf quand elle se jette sur un paquet de gâteau), mais la question n'est pas là : elle a quarante-cinq ans.

Elle pourrait faire du sport, mais c'est trop cher. Il faut faire des économies. Le besoin de superflu est la manifestation d'un sentiment égoïste, qui nous éloigne du noble sacrifice de soi. Ce n'est pas la religion qui le dit (elle a laissé tomber le catholicisme face aux misères du monde), c'est sa conscience. Elle se sacrifie pour les autres, et le leur rappelle lorsqu'ils se plaignent de ses intrusions.

Elle se sacrifie pour les autres, mais n'aime pas plus que ça les voir heureux. Surtout lorsqu'ils n'ont pas suivi ses conseils.
Elle a besoin d'affection, besoin de câlins, besoin de bisous, et adresse à ceux qu'elle aime une supplique muette, un regard mou, une bouche en coeur, un corps pressant. Ils réagissent avec une étrange distance. Ce n'est pas du dégoût, juste de la pudeur, de la fierté mal placée.

Elle est fine psychologue, et on lui accorde une certaine qualité d'empathie. Elle lit Femme d'Aujourd'hui, la rubrique psycho, surtout, et en discute avec ses collègues pour asseoir son jugement. Elle sourit des idéaux adolescents de son fils, se rappelant avec tendresse sa propre jeunesse, en parle à son mari qui hausse les épaules et se replonge dans son bouquin. Il ne veut pas s'étendre. Les Hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, c'est John Gray qui l'a dit.

Elle a des amis, chez qui elle va prendre l'apéritif deux fois l'an. Ils font des sourires, ils parlent de leurs enfants, comparent leurs expériences et en soulignent avec soulagement les similitudes. Les amis sont rassurants. Elle n'ira pas passer les vacances avec eux, cependant : sa place est aux côtés de son mari. Et puis, il ne faut pas déranger.

Elle lit beaucoup. Pas de romans, elle n'aime pas rêver. Se qualifie de cartésienne. Elle lit des journaux, de santé ou féminins. Elle s'y connaît en nutrition, en médecine et en psychologie. Elle zappe les pages sur la vie des stars et méprise ceux qui s'y intéressent. Hier, elle a rappelé fermement à sa fille que oui, Druker aime tout le monde, mais qu'il ne faut pas être cynique : c'est un gars très bien.

Elle aime les gens simples, ceux de la campagne. Ils n'ont pas beaucoup d'éducation mais ils sont reposants. Et gentils. Les gentils sont ses amis.

Elle n'aime pas les intellectuels, ceux qui disent des trucs qu'elle ne comprend pas et essaient de la faire passer pour une idiote. Elle adore souligner les choses qu'elle connaît lorsqu'eux les ignorent. Avec son mari et ses enfants, c'est différent : ils sont cultivés, intelligents... Beaucoup plus qu'elle. Tellement plus qu'elle !

Elle est malheureuse mais c'est normal : c'est la vie. Elle assume ses névroses, c'est du courage. Elle n'a pas peur de la mort, et se moque gentiment des prudents. Elle aime rappeler qu'elle est casse-cou, malgré son âge. Elle ne se fera jamais de mal (ce ne serait pas bien vis à vis de ses proches) mais laissera le destin décider. Son public se tait. Elle déteste ce silence, ces regards au ciel et ces haussements d'épaules.
Ils lui reprochent sa dépression, lui disent qu'elle devrait se faire aider, alors elle éclate en sanglots. Ils sont trop durs. Comment peuvent-ils être aussi durs ? Comment peut-on parler ainsi à ceux qu'on aime ?

Mais c'est comme ça : c'est la vie.

Posté par Hesperide à 13:00 - Miroirs - Courrier des lecteurs [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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